CHAPITRE 1
Musique de fond à écouter absolument et à remettre quand elle est terminée !● Monsieur Fenhloun, il faut absolument conclure votre roman à la fin de la semaine. Nous avons assez attendu...
● Bien...
Je raccroche le téléphone qui manifeste un petit bruit crissant.
Une semaine... Il ne me reste qu'une semaine pour finir mon livre ! Le rédacteur en chef me le sollicite depuis longtemps déjà.
Je ne pourrai jamais y arriver ! Si seulement un miracle survenait...
Je n'ai écrit que quinze malheureuses petites pages... mais je ne me découragerais pas !
En ce mois d'automne, je décide d'entamer une promenade matinale pour effacer mes idées noires. Les magnifiques couleurs du mois se marient à merveille avec l'odeur mouillée des pavés.
Je traverse les rues, bondées de toutes sortes de personnes, quand mon regard se détacha de la foule pour se poser sur une belle demoiselle, un parapluie bleu à la main.
Nos regards se croisent, elle esquisse un sourire malicieux et continue sa marche.
Ses cheveux dorés tombent parfaitement sur ses épaules, bouclés tels des tourbillons de fraicheur.
Ses yeux, comparables à un océan rempli de mystères, quant à eux, m'ont transpercé d'une lance pointue.
Des milliers de frissons parcourent mon corps. Je n'entends plus rien. Je ne vois plus qu'elle. Je suis enivré par la seule odeur de son parfum.
Notre furtive rencontre m'a complètement bouleversé. Elle m'évoque une étoile filante traversant le ciel vide, une lueur dans le noir ou même la douce chaleur de la cheminée lors d'un hiver glacial. La personne qui me manquait... pour combler mon bonheur.
Cupidon a lancé les dés.
Je rentre alors dans mon humble immeuble.
L'ascenseur est encore en panne. Je pousse un profond soupir, avant d'entamer les six cent marches qui m'attendent de pied ferme. L'ambiance est morose ici. Tout est grisâtre, sans vie.
Ma main froide se plonge ensuite dans ma poche pour chercher mon trousseau de clés. Je rentre donc dans mon petit studio, puis dépose les clés par terre, à l'entrée. C'est à cet endroit que devrait se trouver « la » fameuse table d'entrée... enfin, dans une maison normale.
Je me dirige alors vers mon bureau, m'assois et... ma plume se met à écrire toute seule !
Ligne par ligne, page par page et chapitre par chapitre, l'histoire suit son fil, jusqu'à toucher sa fin.
L'inspiration m'est venue d'un seul coup. D'une seule promenade. D'une seule rencontre...
Le dernier jour de la semaine pointe déjà le bout de son nez.
● Allo, monsieur Fenhloun ? Qu'en est-il de votre roman ?
● Bonjour, mon bon monsieur. Figurez-vous qu'il est terminé ! Je vous l'amène dans l'après-midi, afin de pouvoir fignoler quelques détails.
● Très bien ! Je peux enfin être satisfait de votre travail ! Espérons maintenant que les livres se vendent...
Comme prévu, j'efface quelques fautes d'orthographe, change certaines tournures de phrases, rajoute des détails...
Plus tard dans la journée, je me dirige chez l'éditeur. Je cherche du regard la jeune femme de l'autre jour.
Personne.
Mon visage passe d'un visage joyeux à un visage morose et déçu. L'air triste, je rejoins le bureau de l'homme qui décide de mon destin... enfin de mon livre. Il m'incite à sourire et me remercie pour le travail fourni. Cet homme dégage de lui une vraie chaleur humaine. Il est vraiment très sympathique.
Je sors alors, me frotte les yeux et voit une jolie blonde... Serait-ce... Elle ?
La femme se retourne alors et je découvre sur son visage d'énormes traces de maquillage, une masse innombrable de piercings, un tee-shirt ne descendant pas même jusqu'au nombril et une mini-jupe des plus éc½urantes... Rien à voir entre ma Muse et cette... « fille ».
Mes pas frôlent le sol et retournent jusqu'à devant chez moi. Ma gorge se noue tel un gros n½ud de marin. Le goût amer qui persiste sur ma langue est digne d'un océan de désespoir. Mes larmes commencent à franchir la barrière de mes yeux pour perler mon visage accablé par tant de malheur, jusqu'au moment où ma gorge malade ajoute sa douleur à mon désarroi.
C'est alors que mes yeux sont illuminés par un fort rayon de lumière imaginaire, je tangue d'un pied à l'autre et m'écroule finalement, inconscient, la tête dans les étoiles...